C’est à l’occasion de la préparation de sa profession de foi et de sa communion solennelle que Sophie se donna la plus belle indigestion dont elle garda le souvenir. Les fillettes de douze ans avaient commencé une retraite de quelques jours à partir du mardi, retraite au cours de laquelle elles passaient la journée à l’église. Le mercredi après-midi, Sophie est rentrée assez tôt chez elle. Sa maman l’attendait et l’embrassa. Vers quatre heures et demie la fillette blonde a commencé à se faire à goûter, se faisant des tartines de confiture dont elle était très gourmande. A plusieurs reprises, pendant presqu’une heure, elle retourna à la cuisine pour se préparer et manger de nouvelles tartines, ce qui n’échappa pas à sa mère, comme elle le lui dit dans la nuit une fois que la catastrophe se soit produite et qu’elle dut procéder aux nettoyages indispensables. Quand l’heure du dîner arriva, Sophie n’avait naturellement plus très faim et elle se sentait un peu inquiète déjà. Elle ne dit rien et arriva tout-de-même à terminer son repas, non sans se forcer un peu. Sa précédente indigestion s’était produite l’année précédente et elle avait eu le temps de se lever (c’était également en pleine nuit) et d’aller aux cabinets heureusement voisins de sa chambre lorsqu’elle avait senti le vomissement monter. Elle avait vomi à cette occasion un énorme torrent jaune dans la cuvette. Elle se souvenait que sa mère, évoquant cette indigestion, l’avait félicitée d’avoir eu l’intelligence de vomir dans la cuvette.

La petite fille blonde alla se coucher vers neuf heures comme d’habitude et rapidement elle s’endormit. Mais son sommeil fut de courte durée car elle se réveilla une heure après. Lorsqu’elle entendit encore de l’animation dans l’appartement et qu’elle vit qu’il était si tôt dans la nuit, l’inquiétude commença à l’envahir. L’idée qu’elle allait peut-être être malade s’imposa. Elle essaya de se rassurer en se remémorant ce que elle avait mangé en se disant que ce n’était pas tant que cela, rien n’y fit. Elle essaya de me rendormir, se tournant et se retournant dans son lit. Soudain elle sentit une grande faiblesse envahir ses jambes et, simultanément, elle sentie une violente remontée vers sa bouche. Vite, elle se leva, la main sur la bouche, les joues gonflées par toute la nourriture qu’elle allait vomir, et elle se précipita aux cabinets, juste à temps encore une fois, car elle vomit un énorme flot rose chargé de morceaux du dîner, à moitié dans la cuvette et à moitié sur le siège. Sa mère, qui était encore au salon à cette heure, avait tout entendu et arriva tout de suite. Elle constata la catastrophe, et dit   sévèrement  Sophie : « Cela ne m’étonne pas ! Quand je t’ai entendu goûter et regoûter cet après-midi, j’ai bien pensé que tu allais encore te flanquer une indigestion ! »  Tout honteuse, Sophie ne dit rien et contempla le résultat de sa goinfrerie. Elle alla à la salle de bain voisine se rincer la bouche et le nez d’où pendait du vomi rose. A cette vision elle fut pris d’un nouveau haut-le-cœur et faillit revomir. Une fois que cela fut fait, elle fut heureuse de pouvoir retourner dans son lit se recoucher. Sa mère lui apporta une tasse de tisane chaude qu’elle but à petite gorgées. Elle demanda une cuvette à côté de son lit, mais sa maman ne jugea pas cela nécessaire, pensant que son vomissement l’avait totalement soulagée et il est vrai que Sophie ne se sentait plus barbouillée à ce moment. Mais ce qui se passa plus tard lui fit probablement regretter de ne pas avoir accédé à sa demande, car, après s’être rendormie, elle se réveilla de nouveau vers minuit. Peu après elle commença à se sentir de nouveau mal à l’aise. Après s’être encore agitée dans son lit, elle se sentit prise d’une nouvelle remontée soudaine vers sa bouche en même temps qu’elle ressentit une grande impression de faiblesse. Elle se releva, la main sur la bouche pour essayer cette fois encore de contenir le vomissement le temps de pouvoir arriver aux cabinets. Mais cette fois ce vomissement fut si fort qu’elle ne put le retenir et elle rendit un nouveau flot rose aussi abondant que le premier sur la moquette du couloir devant la porte des cabinets. Sa mère, à cette heure, était couchée et c’est en robe de chambre qu’elle accourut à son appel et ne put que constater la nouvelle catastrophe. Elle fut obligée cette fois de nettoyer le résultat de la goinfrerie de la demoiselle blonde avec seau, éponge et serpillère. Elle regretta bien de ne pas l’avoir écoutée lorsqu’elle lui avait demandé une cuvette après son premier vomissement mais elle ne le dit pas et Sophie ne dit rien, se sentant trop honteuse de s’être donné une telle indigestion quelques jours à peine avant de pouvoir porter sa belle aube blanche pour sa profession de foi. Après s’être de nouveau nettoyé la bouche et le nez, elle put retrouver son lit avec plaisir et le reste de la nuit se passa bien. Au matin, elle se sentit même assez bien pour aller à sa retraite normalement, et elle raconta tout à Christine qui l’embrassa affectueusement en riant de bon cœur, sans se douter de ce qui lui arriverait dimanche.